Supereroi e romanzi, un matrimonio complicato

Super-héros et romans : pourquoi leur mariage est-il si difficile ?

Antonio D’Onofrio--5 min

Mis à jour le

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Qu'il s'agisse d'un extraterrestre en collant bleu et rouge, d'un adolescent mordu par une araignée radioactive, d'un milliardaire inspiré par une chauve-souris, d'un scientifique irradié par des rayons gamma ou d'adolescents porteurs d'un gène hors norme, nous avons tous succombé, et continuons de succomber, à la fascination des super-héros.

Il suffit de pousser la porte de n'importe quelle librairie spécialisée pour voir les étagères déborder de séries dédiées à ces personnages : nous n'avons que l'embarras du choix. Sans parler de l'invasion de ces héros en collants moulants sur nos écrans, à travers d'innombrables films, séries animées, séries télévisées et jeux vidéo. Pourtant, si l'on cherche un véritable roman mettant en scène l'un de ces personnages, on n'en trouve presque aucun. Pourquoi ?

C'est une question que beaucoup se posent. Comment se fait-il que des figures ayant marqué l'imaginaire collectif de tant de générations, influencé le pop art et les médias, et conquis le box-office mondial, ne parviennent pas à trouver leur place au fil des pages d'un livre ?

La réponse existe, mais elle s'avère complexe.

Le petit oiseau lecteur de Fabulè à côté d'un approfondissement sans spoiler

Une incompatibilité structurelle

Il faut d'abord s'intéresser à la nature même du médium : le genre super-héroïque constitue un véritable écosystème narratif qui trouve son ancrage naturel dans la bande dessinée. En effet, le super-héros naît avant tout comme une icône visuelle.

Prenons n'importe quel personnage : bien avant son histoire, sa psychologie ou sa personnalité (qui sont pourtant les piliers d'un roman), la bande dessinée met immédiatement en valeur des éléments graphiques qui le définissent comme une image archétypale — le costume, la posture, la silhouette. Cela ne concerne pas seulement le héros lui-même, mais chaque case et chaque planche de l'album, capables de transmettre instantanément une multitude d'éléments hautement symboliques, tels que l'atmosphère, le mouvement ou l'émotion. En résumé, le super-héros relève d'une sémiotique visuelle avant d'être narrative.

Cette immédiateté de communication propre à la bande dessinée se perd dans le roman. Chaque détail perçu d'un seul coup d'œil dans une vignette dessinée devrait y être traduit par de longues descriptions, lui faisant perdre toute sa force évocatrice.

La friction structurelle provoquée par la transposition du super-héros dans un livre devient encore plus flagrante lors des scènes d'action. Chaque planche est une véritable chorégraphie combinant les éléments clés de la grammaire de la bande dessinée :

  • le mouvement ;
  • la vitesse ;
  • l'impact ;
  • la composition visuelle.

Une simple splash page transmet instantanément une dynamique visuelle qui exigerait des pages entières de texte dans un roman.

Le petit oiseau lecteur de Fabulè à côté d'un approfondissement sans spoiler

L'infini du comics face aux limites du roman

Une autre caractéristique intrinsèque à la bande dessinée, et pratiquement impossible à reproduire en littérature, est sa sérialité ouverte, c'est-à-dire une continuité quasi infinie. Certains scénaristes ont bâti sur un même personnage des arcs narratifs s'étendant sur des années, voire des décennies. De plus, cette sérialité ouverte permet de développer des récits qui intègrent, par exemple :

  • des retcons (continuités rétroactives qui modifient des événements passés ou y ajoutent de nouveaux éléments) ;
  • des crossovers (croisements de personnages et d'intrigues se déployant sur plusieurs séries différentes) ;
  • des reboots (remises à zéro d'une série ou d'un personnage pour le moderniser et éviter qu'il ne devienne anachronique) ;
  • des univers parallèles (récits plaçant des personnages connus dans des cadres totalement différents, à l'image des collections Elseworlds, What If..., Absolute ou Ultimate).

Tous ces mécanismes sont difficilement transposables dans un roman, un genre littéraire qui tend par nature à construire une progression narrative claire vers une résolution finale. Certes, il existe des romans structurés en cycles ou en plusieurs volumes, notamment dans la fantasy, mais l'auteur conçoit toujours son œuvre avec une fin en ligne de mire. La continuité infinie — ou « stase narrative permanente », typique des comics de super-héros — est difficilement concevable en littérature.

La répétition cyclique d'un même schéma d'événements, qui peut se prolonger indéfiniment dans les comics, deviendrait rapidement redondante en littérature. Le lecteur y décèlerait vite une formule préétablie, ce qui entraînerait inévitablement une perte d'intérêt.

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L'exception du super-héros introspectif

La figure symbolique du super-héros est-elle pour autant condamnée à l'échec en littérature ? Pas nécessairement. Dans certains cas bien précis, la formule s'est avérée particulièrement payante.

Le super-héros littéraire fonctionne lorsqu'il s'affranchit des codes classiques du genre. C'est-à-dire lorsque le héros est déconstruit, psychanalysé, abordé sous un angle introspectif ; lorsque ses conflits internes et ses ambiguïtés morales sont mis à nu ; et lorsque l'accent est mis sur son processus de transformation intérieure. En somme, quand le récit ne s'intéresse plus à ses seules prouesses physiques, mais explore sa portée culturelle, philosophique et allégorique, en s'appropriant les codes de la satire, de la science-fiction sociale ou de la mythologie contemporaine.

Quelques exemples marquants :

  • Vicious de V. E. Schwab ;
  • Bientôt je serai invincible d'Austin Grossman (titre original : Soon I Will Be Invincible) ;
  • Les Extraordinaires Aventures de Kavalier et Clay de Michael Chabon (titre original : The Amazing Adventures of Kavalier & Clay).
Le petit oiseau lecteur de Fabulè à côté d'un approfondissement sans spoiler

La science du transport narratif appliquée aux super-héros

Tout comme les romans — et peut-être de manière encore plus prononcée —, les bandes dessinées de super-héros sont soumises aux principes scientifiques du transport narratif, tout en subissant les écueils de la lecture discontinue.

Combien de fois vous est-il arrivé, entre la parution de deux numéros, d'oublier des détails de l'intrigue, des événements passés ou le rôle de certains personnages secondaires ? Ce phénomène s'accentue encore lorsqu'il s'agit de sagas au long cours ou de crossovers s'étalant sur plusieurs mois, voire plusieurs années, à travers différentes séries.

Perdre le fil d'une histoire est un problème tout aussi réel pour le lecteur de comics que pour l'amateur de romans complexes. C'est pourquoi nous pensons qu'un outil comme Fabulè pourrait s'avérer extrêmement précieux pour les passionnés de héros en collants. Nous y réfléchissons sérieusement depuis quelque temps, et des projets passionnants pourraient bien se préparer en coulisses. Et vous, amateurs de lecture et de bandes dessinées, qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse team@fabutatabula.com pour partager votre avis : de belles nouveautés pourraient bientôt voir le jour !

Pourquoi les super-héros ne fonctionnent-ils pas dans les romans ?

Parce que la nature même du support ne s'y prête pas. Les récits de super-héros exigent une immédiateté visuelle et une sérialité ouverte, deux caractéristiques impossibles à transposer fidèlement au format roman.

Pourquoi la bande dessinée est-elle plus adaptée aux super-héros que le roman ?

Parce qu'elle est leur milieu naturel. En associant texte et image, elle donne immédiatement corps au costume, au mouvement, aux expressions et à l'action. Une seule planche transmet en un instant ce qui nécessiterait des pages entières de descriptions dans un livre.

Quelle est la différence entre la narration en bande dessinée et dans un roman ?

Tout réside dans la manière de raconter l'histoire. La bande dessinée utilise le dessin, le découpage des planches et le rythme visuel pour transmettre instantanément émotions et actions. Le roman, lui, bâtit l'immersion à travers les descriptions, les dialogues et l'introspection. Si la bande dessinée privilégie l'impact immédiat, le roman permet d'approfondir la psychologie, l'évolution des personnages et la réflexion.

Pourquoi les sagas de super-héros sont-elles si longues ?

Les grandes sagas de super-héros reposent sur le principe de la sérialité ouverte. Ce système permet aux personnages de vivre de nouvelles aventures pendant des décennies sans jamais connaître de fin définitive, en s'appuyant sur des ressorts narratifs tels que les crossovers, les reboots, les retcons ou les univers alternatifs.

Qu'est-ce que la sérialité ouverte dans les bandes dessinées ?

La sérialité ouverte est une structure narrative dans laquelle l'histoire ne possède pas de fin définitive et peut se poursuivre indéfiniment. Cela permet à différents auteurs de se réapproprier et de réinterpréter les mêmes personnages au fil des ans, créant de nouvelles intrigues sans jamais rompre la cohérence globale de l'univers narratif.

Existe-t-il des romans de super-héros réussis ?

Oui, ce sont ceux qui abordent le super-héros sous un angle introspectif, en explorant sa portée culturelle et philosophique.

La science du transport narratif s'applique-t-elle aussi aux bandes dessinées ?

Oui, tout autant et parfois même plus qu'aux romans. En effet, la publication périodique et la longueur des sagas favorisent la discontinuité et la fragmentation de la lecture.

Pourquoi est-il si difficile de se souvenir de toutes les intrigues de super-héros ?

Leurs histoires se déploient souvent sur des dizaines de séries, de crossovers, d'événements éditoriaux et d'arcs narratifs s'étendant sur de nombreuses années. Les intervalles entre les lectures, combinés à la multitude de personnages et de ramifications, compliquent la mémorisation des événements passés, des relations et des détails clés.

Fabulè peut-il s'appliquer aux bandes dessinées ?

Moyennant quelques adaptations — des images à la place du texte —, tout à fait. Même si Fabulè a été conçu à l'origine pour accompagner la lecture de romans, les mécanismes du transport narratif et de la mémoire de lecture s'appliquent également aux bandes dessinées. Dans une version adaptée, Fabulè pourrait à l'avenir devenir un outil précieux pour les amateurs de bande dessinée et de comics, en les aidant à garder le fil des intrigues, des personnages et des univers foisonnants, sans jamais gâcher le plaisir de la découverte.

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